Sidgwick pensif HENRY SIDGWICK (français) Henry Sidgwick

 

 

 

 

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Circonstances qui ont inspiré la rédaction de

"The Elements of Politics"


Les années 1880, ont été, du point de vue politique, assez éprouvantes pour Henry Sidgwick. En effet, le conflit entre l’Irlande et l’Angleterre au sujet de la Home Rule, était à la fois éthique, politique et social. La Chambre des Lords et le Parlement débattaient sur ce sujet sans réellement trouver d'accord en raison du droit de veto de deux ans que la Chambre des Lords détient sur les décisions législatives du Parlement. Cette opposition témoigne du changement important que subit la société britannique à cette époque. En effet, ces années 1880 font état d’une renaissance de l’activisme de la classe des travailleurs, ce qui entraîne un conflit entre les classes sociales, d’autant plus que les conditions de travail des ouvriers d’industrie étaient à cette époque très dures. Ces conflits des classes sociales ainsi que l’attitude du Royaume Uni par rapport à ses colonies, dont l’Irlande faisait partie, entraînent des conséquences éthiques non négligeables. La Home Rule était un projet demandé par les irlandais afin d'obtenir des anglais plus d’autonomie pour régler leurs affaires internes quotidiennes.


Ce conflit généralisé met en scène de nouvelles préoccupations, à la fois éthiques et politiques, un désir de liberté, de meilleures conditions de vie et surtout plus d’égalité entre les différentes couches sociales et donc plus d’égalité entre les peuples colonisés et non colonisés. Ce conflit parlementaire de la Home Rule révèle aussi une dissension entre deux générations de politiciens ainsi qu'entre les intellectuels conservateurs et les intellectuels libéraux.


Henry Sidgwick oscille entre une certaine forme de socialisme et un désir de conservation des traditions anglaises. Il souhaite que les conditions de vie des couches sociales s’égalisent, c'est-à-dire que l’écart entre la souffrance quotidienne des classes ouvrières et le confort des classes supérieures, dont Sidgwick faisait partie, diminue, mais d’un autre coté il est opposé à la Home Rule. Politiquement, Sidgwick est un représentant typique de cette période victorienne. D’une part, il doute suffisamment de ses convictions religieuses pour ne plus se considérer comme un honnête croyant: c’est un réformiste et un moderniste qui est conscient des bouleversements sociaux de la fin du XIXème siècle et des changements nécessaires et, d’autre part, Henry Sidgwick reste attaché aux valeurs traditionnelles, d’où cette opposition à la Home Rule.


Lorsque Lord Salisbury fut premier ministre de 1885 à 1892 et de 1895 à 1902, sachant qu'il était aussi l’oncle de Arthur Balfour, frère de l’épouse d’Henry Sidgwick, Eleanor Balfour, Sidgwick devint encore plus impliqué dans la politique britannique qu’il ne l’avait été auparavant. Le conflit et les discordances provoqués par le projet de la Home Rule entraîna une scission conséquente au sein du Parti Libéral, scission qui permit aux Conservateurs, dirigés par Lord Salisbury, de reprendre le pouvoir, en 1886. En 1885, Lord Salisbury nomma Balfour président du Local Government Board, puis en 1886, Secretary for Scotland (Ministre d’Ecosse) et en 1887, Chief Secretary for Ireland (Gouverneur de l’Irlande). Tout au long de ce mandat, Arthur Balfour contra avec succès toutes les tentatives de retour de la Home Rule par le Parti Parlementaire Irlandais.


Le journal que tenait Henry Sidgwick révèle que le professeur s’entretenait avec son beau-frère, au cours de l’année 1887, au sujet de la marche à suivre politique face à sa nouvelle mission en Irlande et du renforcement des mesures de répression face à certaines offenses telles que le boycott, les complots organisés pour ne plus payer le fermage aux anglais, l’intimidation et les regroupements illégaux. Cette même année, un procès retentissant, contesté par la National League (Parti Parlementaire Irlandais), mettait en cause un nationaliste Irlandais, William O’Brian, pour avoir violement incité à résister aux expulsions dans le domaine de Lady Kingston. Lors du procès, Dillon et Henry Labouchère, du English radical, entrèrent dans la salle d’audience pour protester contre le procès.


Cette prise de position de parlementaires anglais pour la cause irlandaise, au cours d’un procès et remettant en cause, d’une part, l’identité et le désir d’indépendance de l’Irlande et, d’autre part, le renforcement de la coercition anglaise, créa une cohue générale, la foule devenant incontrôlable, le service d’ordre, pris de panique, tira sur la foule tuant trois personnes et en blessant beaucoup d’autres. Après cet événement, Arthur Balfour fut surnommé par les Irlandais, “Bloody Balfour”, Balfour le sanglant.

 

Henry Sidgwick ressortit déprimé et déçu de cette épreuve, son journal fait état de son rôle peu important dans la gérance de ce procès par Balfour et du peu d’influence quant à la carrière politique de ce dernier. Toutefois, Sidgwick considérait la nouvelle tendance nationaliste comme une forme de fanatisme qui s’ajoutait à une sensiblerie maladive de cette fin de siècle. Le contraste entre la passion et la ferveur de certains libéraux pour une cause qui n’avantageait aucunement leur pays et la violence des conservateurs tant dans leurs actes que dans leur politique, lassa Sidgwick des partis politiques mais pas de la politique.


Henry Sidgwick se réfugie alors dans l’écriture de The Elements of Politics (Eléments Politiques -1891) qui traitera surtout de la théorie politique en examinant la tâche et la structure d’un gouvernement moderne. Le philosophe considérait cet ouvrage comme un achèvement partiel de son projet d’étude de la politique qui débuta avec The Principles of Political Economy (Principes d’économie politique -1883) et s’acheva avec The Development of European Polity (Le Développement de la politique Européenne - publication post mortem en 1903).


La structure de cet ouvrage est similaire à celle de ses autres écrits sur l’art de l’économie politique. Pourtant l’auteur commence par une élaboration du principe individualiste du " laisser faire " (en français dans le texte). Cette notion de non interventionnisme inclut l’obligation soit de remédier ou de compenser une mauvaise action, intentionnelle ou non, soit de les prévenir. C'est-à-dire que le gouvernement serait comme un adulte responsable vis-à-vis de ses enfants, il leur laisse la liberté de faire ce qu’ils veulent dans la limite du respect du bien être et de la liberté des autres, n’intervenant que pour réprimander ou prévenir du mal à venir. Le gouvernement agirait ainsi pour le bien de sa population et non pour le bien du gouvernement lui-même. Il est possible d’entrevoir ici la frustration ressentie par Henry Sidgwick au sujet du procès O’Brian, à l'issue duquel Athur Balfour fut surnommé “Bloody Balfour”. Ce Gouverneur de l’Irlande était l'un des représentants du gouvernement anglais pratiquant une politique trop coercitive qui ne laissait pas au peuple suffisamment de marge de manœuvre pour se développer et évoluer.


Sidgwick explique comment ce principe du « laisser faire » se reflète sociologiquement et psychologiquement. Par exemple, les adultes responsables sont les plus à même de juger de leurs propres intérêts. Par ailleurs, sociologiquement, la meilleure manière d’atteindre le bien commun serait de créer ces individualités, chacune tendrait vers son propre bonheur en créant, sans l’intervention du gouvernement, le bien commun.

Au cours de son analyse, Sidgwick montre comment aucune nation de son époque ne dispose d’individualités mais de groupes dominants qui soumettent les groupes plus faibles. Dans cet ouvrage, il analysera cet aspect du « laisser faire », cette notion d’individualité et étudiera de quelle manière l’utilitarisme, dont il est partisan, se marie avec ces considérations politiques.

 

II - Présentation de l’oeuvre

 

Henry Sidgwick commence cet ouvrage par la définition de l’étendue, des possibilités et de la méthode de la politique, il enchaîne sur les conceptions fondamentales de la politique et enfin traite des principes généraux de la législation. Les trois premiers chapitres posent le problème de la politique qu’il traitera tout au long de son analyse en mettant ces notions politiques en relation avec d’autres notions qui se rapportent selon lui, à la politique et au gouvernement d’un pays.


Le Quatrième chapitre introduit les thèmes sur lesquels se basera toute l’argumentation de l’œuvre, celui du « Laisser faire » et de l’individualisme, de cette théorie selon laquelle chaque bonheur individuel crée le bonheur général et qu’il faut, de la part du gouvernement, laisser faire, intervenir le moins possible pour que puisse se réaliser vraiment le bonheur de tous.


L’auteur enchaîne sur la notion de propriété par rapport à l’individualisme, sur la notion de propriété de ce qui est cultivé par rapport au propriétaire du terrain. De manière individualiste, celui qui travaille est détenteur du fruit de ce travail de même qu’il est préférable de ne pas donner un droit d’extraction exclusif au propriétaire d’un terrain détenant un minerai ou tout autre chose précieuse.


Il évoque ensuite l’importance du renforcement de la notion de contrat, qui a une très grande importance dans un système individualiste, en ce qui concerne les accords modifiant, tant le droit public que le droit des personnes, de même que certaines restrictions de ces contrats sont difficilement admissibles d’un point de vue individualiste mais justifiées d’un point de vue utilitariste.


Le septième chapitre montre que la limitation de l’héritage qui favorise la famille plus que les héritiers, tel que le droit d’aînesse en France, n’est pas, d’une part favorable à un système individualiste et d’autre part, ces règles sont très anciennes et ne sont plus en phase avec la société moderne de cette fin de XIXème siècle.


Les différentes manières de remédier au mal, sont introduites dans le huitième chapitre. Elles concernent tant la répression et la réparation des dommages que la prévention, les différents degrés de la répression et la difficulté de trouver la juste manière de réparer les dommages causés. Cette analyse se poursuit par l'examen de la prévention des malveillances et de l’ingérence parentale. Cela démontre que l’intervention gouvernementale entre les parents et les enfants nous amène à discuter du rôle politique, social et psychologique du socialisme qui est le thème de l’analyse du chapitre X.


Dans ce dernier chapitre, Sidgwick explique que le « laisser faire » exclut, d’une part, psychologiquement, le « contrôle parental » du gouvernement, donc exclut une politique paternaliste, et d’autre part, sociologiquement, exclut la politique socialiste. Le philosophe conclut qu’aucune de ces deux affirmations n’est juste. L’intervention du gouvernement, lorsque ce dernier vient financièrement en aide à ceux qui sont dans le besoin, est considérée comme une indigence à caractère socialiste. L'auteur explique comment le socialisme et l’individualisme peuvent, malgré leur opposition, se côtoyer dans certaines formes de gouvernement. Ce chapitre se termine par l’ambiguïté que pose la justesse des actions pour prévenir la pauvreté et aider ceux qui sont dans le besoin.

 

Aux onzième et douzième chapitres, Henry Sidgwick évoque différentes manières de maintenir le gouvernement tant d’un point de vue politique et social, en ce qui concerne les oppositions, les tentatives en force de déstabilisation, que d’un point de vue économique et financier: comment maintenir l’équilibre entre les finances de l’état et la vie économique du pays?


Le droit positif et la morale positive sont comparés dans le chapitre qui suit en ce sens qu’elles sont différentes par leur sanction et aussi par ce qu’elles sont: la morale est vague et n’est pas vraiment déterminée, tandis que la loi est écrite et tous sont obligés de la respecter.


Au chapitre quatorze, l’Etat est comparé à un corps humain vivant à un certain degré d’ordre civilisé, uni par l’obéissance à un gouvernement commun; de cette manière, l’Etat peut être associé à une nation puisque le peuple s’unit en cette communauté qui se soumet au gouvernement.


Les chapitres quinze, seize, dix-sept et dix-huit, font état de la politique internationale: les principes des obligations d’une nation envers les autres, du droit de guerre, du droit international, de la morale, et des principes de politique extérieure dans les relations économiques, l’extension du territoire, l’émigration et l’immigration.


Au cours des six chapitres suivants, l’auteur évoque les différentes méthodes et instruments qui permettent de gouverner un pays. Cette analyse comprend une étude du pouvoir législatif, exécutif, des relations entre ces derniers et enfin une étude du système judiciaire et de ses relations avec les autres organes du gouvernement.


Les chapitres vingt-cinq et vingt-six concernent l’administration locale dans sa conception et son organisation ainsi que la manière avec laquelle elle doit être gérée. Cette analyse débouche sur l'examen d'une autre forme d’administration locale : l’administration fédérale.


Les relations entre le gouvernement et toutes les différentes associations volontaires allant des associations de bienfaisance aux regroupements, que l’on appellerait de nos jours : association de terroristes, en passant par les partis politiques, sont ambiguës, elles sont nécessaires, ou plutôt inévitables, mais peuvent s’avérer dangereuses en raison de l’esprit de désobéissance qui peut émaner de telles associations. Ces considérations sont évoquées dans les chapitres vingt-huit et vingt-neuf.


Les deux derniers chapitres font état, d’une part, de la classification des différentes formes de gouvernements et d’autre part, de la souveraineté de l’Etat politique et de l’ordre qu’il doit faire régner par le respect de celui-ci.

 

Presentation of the Elements of Politics


©2008-2009 Hortense Geninet